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litterature francophone

2016-05-26T14:54:27+02:00

Eh bien dansons maintenant !

Publié par MyaRosa

Karine Lambert

282 pages, éditions JC Lattès, mai 2016

Présentation de l'éditeur :

Elle aime Françoise Sagan, les éclairs au chocolat, écouter Radio Bonheur et fleurir les tombes.
Il aime la musique chaâbi, les étoiles, les cabanes perchées et un vieux rhinocéros solitaire.

Marguerite a toujours vécu dans l'ombre de son mari. Marcel a perdu celle qui était tout pour lui. Leurs routes se croisent, leurs coeurs se réveillent. Oseront-ils l'insouciance, le désir et la joie ?

Après le succès de L'immeuble des femmes qui ont renoncé aux hommes, traduit dans de nombreux pays, Karine Lambert signe un roman lumineux sur la fragilité et l'ivresse d'une histoire d'amour à l'heure où l'on ne s'y attend plus.

 

Mon avis :

 

 Lorsqu'ils se rencontrent, Marguerite a 78 ans, Marcel à peine moins. Ils sont tous les deux veufs et ont du mal à continuer à vivre sans leur moitié. Marcel parce que Nora était sa merveille, son amour de jeunesse, celle qui le poussait à sortir et à s'amuser. Marguerite parce qu'elle a toujours vécu au rythme des rituels instaurés par son mari et toujours selon ses envies et ses goûts à lui. Elle s'est perdue en route, oubliant qui elle était et ce qu'elle aimait tandis que Marcel n'a plus envie de faire toutes ces choses qu'il aimait mais qui n'ont plus de sens sans sa femme. Pourtant, lorsqu'ils se rencontrent, quelque chose se passe. Il y a comme une étincelle, un petit quelque chose qui brûle en eux et leur faire ressentir un sentiment et des émotions qu'ils croyaient ne plus jamais ressentir. Peut-on être trop vieux pour aimer ?

 

 Marguerite et Marcel le savent et nous aussi, le temps est compté. Ils n'ont plus le temps. Plus le temps de s'aimer et de prendre des risques ou au contraire plus de temps à perdre ? Ils ne sont pas forcément d'accord sur la réponse à cette question et leurs proches non plus d'ailleurs... Tout est simple et en même temps si compliqué...

 

 J'ai beaucoup aimé cette lecture. Les personnages sont touchants, simples et attachants. Marcel est tellement attentionné, tellement joyeux et passionné, tellement prêt à embellir le quotidien de Marguerite. J'ai aimé les souvenirs qu'il évoque de son Algérie natale, les odeurs, les saveurs et l'ambiance de cet univers à des années lumière de la région parisienne. Marguerite est si fragile, si pudique, tellement habituée à s'effacer, à s'oublier pour les autres... On a envie de les encourager sans les brusquer, de leur murmurer à l'oreille "N'aies pas peur. Ose ! Accepte ce bonheur." On se sent proche d'eux.

 

 C'est un roman qui nous montre qu'il n'est jamais trop tard pour aimer et pour être heureux mais qui nous dit aussi qu'il ne faut pas perdre de temps et saisir sa chance quand elle se présente au risque de le regretter amèrement. On ne peut pas se contenter d'une moitié de vie, d'une vie sans saveur et sans couleurs. Il faut vibrer, brûler, trembler, voyager, rêver, s'envoler et tant pis si on se blesse en route car ça en vaut la peine.  Une jolie lecture pleine de délicatesse, de sensibilité et d'émotions. Je ne m'attendais pas à cette fin mais je pense que c'est celle qu'il fallait. Le texte prend encore plus de sens et d'importance à nos yeux. C'est beau et un peu triste, cet amour tardif...

 

"Les hommes redeviennent des enfants quand ils quittent leur patrie."

"Passer de l'enfance à l'âge adulte, c'est perdre une à une ses illusions."

"Ruban par ruban, il délace le corset invisible qu'elle a porté pendant toutes ces années."

"Un jour on grimpe dans un arbre et on ne sait pas que c'est la dernière fois."

 

En quelques mots :

Une lecture touchante, pleine de sensibilité et d'émotions.

 

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2016-03-24T13:15:00+01:00

Fidèle au poste

Publié par MyaRosa

Amélie Antoine

312 pages, éditions Michel Lafon, mars 2016

L'histoire :

Mai 2013. Chloé et Gabriel, mariés depuis plusieurs années, mènent une existence heureuse à Saint-Malo, jusqu'au jour où la jeune femme se noie accidentellement au cours d'une baignade matinale. Gabriel, incapable de surmonter seul son chagrin, se décide à chercher du soutien auprès d'un groupe de parole. Il fait alors la connaissance d'Emma, une photographe récemment arrivée en ville, qui l'aide à surmonter son deuil.
Mais Chloé semble toujours très présente et étonnement vivante aux yeux de Gabriel qui ne parvient pas à l'oublier et à se reconstruire. Et si la réalité n'était pas celle à laquelle le jeune veuf se raccroche ?

 

Mon avis :

 

 Difficile de parler de ce livre sans trop en dire, alors je vais faire court : lisez-le ! Pour moi, ce roman est une vraie bonne surprise. Je m'attendais à quelque chose d'assez classique, mais j'ai bien vite compris que ce ne serait pas le cas... En plus des zones d'ombres et des secrets que devine peu à peu Gabriel qui tente de faire son deuil, la voix de Chloé vient hanter le récit, nous livrant ainsi un récit à trois voix peu ordinaire...

 

 J'ai trouvé l'écriture de l'auteur très agréable et j'ai dévoré ce roman très rapidement en ayant vraiment l'impression que le temps s'était arrêté. J'étais totalement immergée dans l'histoire, aux côtés de Gabriel, d'Emma et de Chloé. Je n'ai rien vu venir et j'ai été scotchée par les différents rebondissements. La construction de ce roman est bluffante et vraiment bien pensée. Je comprends l'engouement des lecteurs pour ce roman court et efficace et j'ai passé un très bon moment en le lisant. Je vais m'arrêter là pour ne pas vous gâcher le plaisir, mais franchement lisez-le et assurez-vous d'avoir un peu de temps devant vous car vous ne pourrez pas vous arrêter en cours de route tant l'histoire est addictive et pleine de surprises !

 

En quelques mots :

Un roman vraiment surprenant et très addictif. J'ai adoré !

 

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2016-02-29T08:52:05+01:00

100 récitations d'hier pour aujourd'hui

Publié par MyaRosa

Albine Novarino-Pothier

192 pages, éditions Points (Le goût des mots), octobre 2015

Présentation de l'éditeur :

Ecoutez ces mots qu'une génération après l'autre, nous avons appris et récités. De Baudelaire à Victor Hugo, en passant par Prévert et Charles Cros, voici 100 récitations pour tous les mois de l'année, de septembre à juin, de la rentrée aux grandes vacances, des textes pour grandir au fil des mois mais aussi au fil des impressions et des sentiments. Ce livre est l'écho des cahiers soigneusement illustrés de notre enfance dans lesquels on trouvait les plus belles poésies de la langue française.

 

Mon avis :

 

 Depuis l'automne dernier, ce joli recueil me tient compagnie. Je le savoure, page après page. C'est comme avoir un gros paquet de bonbons. Chaque récitation est une surprise à déguster, une petite madeleine de Proust qui redonne le sourire et évoque tant de moments inoubliables, d'émotions enfouies au plus profond de nous... Quel plaisir de retourner en enfance d'une si jolie manière ! Albine Novarino-Pothier a choisi avec soin des poèmes intemporels qui évoque les plaisirs tendres de l'enfance, la ronde des saisons, la rentrée des classes, les couleurs de l'automne, l'attente et l'excitation, les fêtes, les vacances, les jeux d'enfants... C'est comme si le temps était suspendu.

 

 L'auteur nous invite à souffler un peu et à nous souvenir qu'un jour, nous avons été enfants. La vie était tellement plus simple, à l'époque, nous avions d'autres préoccupations, nous nous demandions par exemple s'il ferait beau le lendemain, quels jeux nous ferions avec nos copains et si nous réussirions à réciter correctement un poème. Nous attendions fébrilement le jour de Noël ou les grandes vacances, nous passions un temps fou à courir dans les feuilles ou à regarder le ciel. Tout cela est encore en nous et la flamme des souvenirs ne demande qu'à être ravivée.

 

"Cessons un instant dans nos existences de stress de nous agiter ; descendons du vélo et regardons-nous pédaler, remontons, comme les sages poissons, le cours de nos existences vers nos sources."

 

 Quel délice de retrouver toutes ces récitations chères à mon coeur, de redécouvrir ces poèmes qui parlent du vent, de la pluie, de Noël, de l'école, de la neige, des vacances, des odeurs, des saveurs et des couleurs, du quotidien, du beau temps, du paysage, des animaux, des grandes personnes, de la lumière et du bonheur. Les textes d'Apollinaire, d'Hugo, de Verlaine, de Desnos, de Queneau, de Rimbaud, de Trénet, de La Fontaine et de bien d'autres fabuleux poètes encore sont de délicieuses friandises dont on ne se lassera jamais... Ils sont, en plus, accompagnés de dessins d'enfants aux couleurs chatoyantes et d'une naïveté touchante. Ce recueil est un petit trésor ! 

 

En quelques mots :

Un recueil très réussi qui nous replonge dans la douceur et la légèreté de l'enfance. Une petite madeleine de Proust qui redonne le sourire et l'envie de croquer la vie à pleines dents.

 

 

"Quand on est petit, on est dans le concret, l'immédiat, la couleur du berlingot, le parfum des mandarines, l'immensité toujours renouvelée des vitrines de jouets, la fraîcheur de la pluie qui enfante des flaques dans lesquelles ce sera un pur bonheur d'aller glisser tout doucement.

Quand on est petit, on s'inscrit dans le temps qu'il fait et dans celui qui vient."

 

"L'enfance, ce sont aussi des lieux bénis entre tous, beaux et parfumés, tendres et rassurants comme des jardins."

 

 

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2016-01-28T12:50:38+01:00

À la vie à la mort

Publié par MyaRosa

Paule du Bouchet

125 pages, éditions Gallimard (Scripto), septembre 2002, 7,90€

Quatrième de couverture :

Mai 1944. Il neige des fleurs de cerisier. Derrière ce brouillard de neige, un brouillard de larmes. Un petit garçon voit sa mère disparaître à jamais au bout d'un champ.
Avril 1918. Le soldat est beau comme une photo. Il a dit qu'il était américain. Qu'il repartait pour le front et qu'il voulait offrir un cadeau à une femme. Juliette l'a conseillé au mieux, elle y a mis tout son coeur. Un poudrier. Il a dit qu'il voulait y faire graver des initiales...

A travers sept nouvelles de guerre, des guerres de notre histoire proche, un fil, ténu comme une anecdote : celui de la vie qui continue, de la conscience qui parle trop clair, de l'amour plus fort que la guerre, de la mémoire qui ne s'éteint jamais.
A la vie, à la mort.

 

Mon avis :

 

 Je termine cette lecture sincèrement touchée par ces histoires et profondément émue par les personnages croisés au fil des pages. Avec beaucoup de sensibilité et d'émotions et au travers de sept nouvelles poignantes, Paule du Bouchet nous parle de la Première Guerre Mondiale et de la Seconde Guerre mondiale. Les histoires qu'elle nous raconte auraient pu être celles de nos grands-parents, de nos arrière-grands-parents, d'un cousin éloigné ou bien du voisin d'à côté. On a tellement de mal à réaliser que de telles horreurs ont pu se produire il y a si peu de temps, et pourtant... 

 

 Dans les nouvelles de ce recueil, on croise des personnages ordinaires auxquels on s'identifie facilement et qui vont être ou ont été confrontés à la guerre, à l'impensable. Il y en a qui cherchent un proche disparu, d'autres qui s'accrochent grâce à l'amour, un petit garçon qui fait tout pour se montrer digne de la promesse faîte à son papa avant la guerre, un homme revenu du front pour qui plus rien n'a de sens, des femmes et des enfants envoyés dans des camps de concentration, des enfants privés de l'insouciance qui devraient les caractériser et obligés de grandir plus vite, des résistants, des enfants qui cherchent ou attendent désespérement leurs parents, des jeunes qui risquent leur vie pour aller au bout de leur conviction ou sauver quelqu'un, des gens qui n'arrivent plus à avancer et vivent dans le passé comme si tout s'était arrêté et d'autres qui s'efforcent de continuer malgré tout ou de s'offrir l'illusion d'un quotidien ordinaire...

 

 Tant de vies gâchées, de destins brisés, de projets balayés, de familles séparées, d'enfance et d'innocence volées, de rêves envolés, mais aussi et surtout, tellement de courage et de force pour lutter, pour affronter, pour se reconstruire, pour vivre et aimer malgré tout, à la vie, à la mort. Ce recueil, écrit avec beaucoup de justesse et de sensibilité, nous bouscule, nous bouleverse et nous marque à jamais. Parce que derrière l'horreur et l'injustice, il y a beaucoup de sacrifices, de générosité, d'humanité et d'espoir et parce que l'auteur arrive à nous montrer la lumière derrière la noirceur. Elle parvient à nous faire ressentir les couleurs et les saveurs de la nature et des paysages qu'elle nous décrit qui poursuivent leur course comme si tout tournait rond dans le monde, comme si rien n'avait changé. Avec beaucoup d'aisance, elle nous fait ressentir la bonté, la force et l'humanité des personnages qu'elle nous présente. C'est une lecture poignante et indispensable qui ne peut laisser personne indifférent. Pour que jamais tout cela ne se reproduise et tombe dans l'oubli...

 

En quelques mots :

Un recueil poignant et bouleversant à mettre entre les mains des jeunes et des moins jeunes pour que personne, jamais, n'oublie...

 

(disponible en poche depuis le 14 janvier)

 

"Joseph avait dix ans quand sa mère disparut un jour à ses yeux au bout d'un champ de cerisiers en fleur, à flanc de montagne. C'était en mai 1944, un matin, et avec cette disparition, ce fut toute sa vie qui sombra. Tout ce qui précéda immédiatement cet instant fut englouti corps et biens. Joseph resta seul avec la silhouette de sa mère perdue dans un brouillard de fleurs de cerisiers. Tout ce qui se passa ensuite disparut aussi, comme si cela était arrivé à un autre que lui. Pendant des mois, des années, Joseph attendit sa mère."

 

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2016-01-24T19:16:36+01:00

Un Hiver à Paris

Publié par MyaRosa

Jean-Philippe Blondel

188 pages, éditions Pocket, janvier 2016, 6,20€

L'histoire :

C'est l'heure du retour de vacances. Dans le courrier en souffrance, une lettre attend Victor, professeur d'anglais depuis vingt ans. Ce qu'elle contient va raviver un souvenir enfoui. Septembre 1984. Victor est à Paris pour sa deuxième année de prépa. Il travaille beaucoup, a peu voire pas d'amis, la compétition est de toute façon cruelle. Un jour de cours comme un autre, dans la classe d'en face on entend une insulte, une porte qui claque, quelques secondes de silence, un bruit mat, le hurlement de la bibliothécaire. Mathieu a sauté. La pression, le sentiment de transparence, la solitude ? Qu'importe. Rien, désormais, ne sera plus jamais comme avant...

 

Mon avis :

 

 On est tout de suite happé par les mots de Jean-Philippe Blondel. Avec une écriture belle et limpide, il nous invite à partager l'intimité de son personnage, ses émotions les plus pures et les plus profondes. C'est une lettre qui nous semble d'abord sans importance qui va bouleverser Victor, le narrateur, et l'amener à se remémorer une période précise de sa vie, une époque dont il se souvient très bien mais qu'il a enfoui au fond de lui et sur laquelle il n'a pas l'habitude de revenir et encore moins de se confier. Malgré tout ce qu'il a vécu, malgré les années passées et les chemins qu'il a pris, malgré les gens perdus de vue et les nouvelles rencontres, il n'a jamais oublié cet hiver parisien...

 

 Dans ce roman, Jean-Philippe Blondel nous décrit le climat malsain, la pression, les humiliations publiques, la compétition et la tension permanentes qui règnent dans les grandes écoles parisiennes. Le narrateur de l'histoire arrive de province et s'installe à Paris pour ses études. Jour après jour, il observe ce monde cruel et impitoyable avec beaucoup de recul, de fatalisme et de lucidité. Il sait qu'il ne fera jamais partie des meilleurs mais cela semble lui être égal. Il avance dans la vie sans vraiment savoir où il va, en attendant que les choses se fassent d'elles mêmes. Jusqu'au jour où un événement tragique va tout changer...

 

 Le narrateur se retrouve malgré lui au coeur de l'attention. Il devient un peu plus populaire, ses camarades se rapprochent de lui, il attise la curiosité et se rapproche d'un père qui n'est pas le sien mais qui a le mérite de s'intéresser un peu à lui, ou du moins à une partie de sa vie. La lucidité du narrateur et sa solitude le rendent vraiment très attachant. On avance à l'aveugle avec lui, on le voit grandir, devenir un homme et un écrivain. C'est un récit intime et émouvant dans lequel ressurgissent des souvenirs, des blessures, des regrets qui nous poussent à nous interroger sur notre histoire personnelle, sur ces événements, ces petites choses qui nous ont fait devenir l'adulte que nous sommes aujourd'hui. La fin est vraiment superbe et m'a beaucoup plu.

 

En quelques mots :

Une lecture émouvante et marquante que j'ai eu beaucoup de mal à reposer.

 

 

"C'est le propre du roman d'amener le lecteur à renoncer au sommeil. A se relever, sans faire de bruit, pour ne pas troubler celui ou celle qui dort à son côté. A descendre dans le salon, allumer les lumières et s'affaler dans le canapé, vaincu. La prose a gagné le combat. On ne peut plus lui résister." (Page 181)

 

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2015-06-25T07:40:39+02:00

Néfertiti en bikini

Publié par MyaRosa

Claire Huynen

160 pages, Le Cherche midi, mai 2015

Quatrième de couverture :

« Des centaines de personnes se serraient frileusement autour de leur guide. [...] Des rangs entiers de bateaux de bois jouaient les autobus. Ils embarquaient leurs passagers fébriles à un rythme de marche militaire. Dans toutes les barcasses, ça comptait et ça recomptait. Les guides surveillaient leur formation en ordre serré. [...] La semonce essentielle, répétée inlassablement, était pourtant celle dont le danger la séduisait le plus : ne vous perdez pas. [...] Mais elle savait que tous les passagers avaient un billet de retour. Que le seul vrai danger était d'être en retard pour le dîner. »

Une mère offre à sa fille un voyage. Une croisière sur le Nil à bord du Cleopatra, hôtel flottant affrété par Magic'Vacances. Mais, dès l'arrivée, la mère trébuche et se trouve immobilisée par une entorse. Condamnée à rester sur le bateau, elle attend chaque jour le récit des excursions de sa fille.

Une femme et sa mère, que tout éloigne, se rencontrent à travers l'approche d'un pays qu'elles découvrent d'une manière différente. Quand la première sera entraînée dans le rythme effréné des visites, la seconde, à travers les histoires et les rencontres, prendra le temps lent du voyage. Néfertiti en bikini dresse avec humour les travers du tourisme moderne et les symptômes du phénomène de groupe qu'il génère. Il sera aussi question d'éblouissement, de résistance et de reddition.

 

Merci à Livraddict et aux éditions Le Cherche Midi pour cette lecture.

 

Mon avis :

 

 Si on se fie à la couverture de ce livre, on le classerait volontiers dans les romans de chick lit, mais ne vous y trompez pas ! Ce roman est bien plus profond qu'il n'y paraît, bien plus acerbe aussi...

 

 Lorsqu'elle était enfant, Jo s'est passionnée pour l'Egypte. Elle a passé des heures et des heures à rêver de pyramides et de pharaons. Puis, elle a grandi et voyant que personne ne prenait sa passion au sérieux, elle a laissé tout cela dans un coin de sa tête. Jusqu'au jour où sa mère avec qui elle ne partage pas grand chose lui fait la surprise de lui offrir une croisière sur le Nil. Ne voulant pas lui faire de peine, Jo accepte avec le sourire, mais elle redoute ce voyage. Elle sait que les choses ne se passeront pas comme dans ses rêves, que la beauté du décor sera salie par le contexte. C'est l'Egypte passée qui la fait rêver, pas celle des touristes en tongs et des visites supervisées où l'on vous offre de la "culture en kit". Pour couronner le tout, sa mère qui n'a jamais voyagé se retrouve immobilisée dès le début de l'aventure. Clouée au lit à cause d'une entorse, elle compte sur sa fille pour lui raconter chaque visite, chaque moment passé avec le groupe.

 

 J'ai beaucoup aimé cette lecture. Claire Huynen écrit vraiment très bien et décortique avec beaucoup de justesse et d'humour le tourisme actuel. Avec Jo, on se moque de tous ces gens qui s'émerveillent plus devant le buffet à volonté que devant le décor majestueux qui s'offre à eux. Ces touristes qui semblent faire les visites à reculons, sans apprécier vraiment les choses, en espérant juste avoir quelques anecdotes à raconter et des bijoux de pacotille pour épater leurs amis. Comme Jo, on voudrait pouvoir s'évader de ce séjour formaté qui sent l'argent à plein nez et sonne tellement faux. On voudrait découvrir l'Egypte, la vraie, se perdre dans les rues, observer les habitants, prendre le temps de visiter et de s'oublier, boire un thé bien chaud en admirant le paysage et profiter du silence. Comme elle, on se sent rapidement frustré et mal à l'aise devant l'attitude des autres, forcé de s'intégrer à un groupe ridicule et trop bruyant qui ne s'intéresse à rien, qui se contente de ce qu'on veut bien lui montrer. On étouffe et on rêve d'autre chose que cette Egypte aseptisée.

 

 A l'inverse, la mère de Jo qui, au début du voyage, rêve surtout de passer du temps avec le groupe, va découvrir le pays d'une manière différente et beaucoup plus vraie. C'est intéressant de voir les choses sous un angle différent. J'ai aimé la manière subtile dont l'auteur décrit la relation compliquée mais tout de même pleine d'amour entre la mère et la fille. Leurs échanges bien qu'assez rares sont touchants.

 

En quelques mots :

Une lecture acerbe et décapante sur le tourisme actuel et l'absurdité des voyages organisés. Une satire drôle et agréable à lire.

 

 

 

Quelques extraits :

"Au sombre des hauts toits, avant même de distinguer la masse des colonnes, l'ampleur de la pièce, l'abondance des reliefs, Jo se cogna à un air saturé, épais et chaud jusqu'à la nausée. Des touristes par centaines avalaient l'oxygène, mâchaient l'atmosphère à la rendre liquide. Des remugles d'humeurs âcres rendaient le milieu moite et entêtant. Et ça fourmillait. Pas un espace n'était laissé. On n'avançait qu'en se faufilant, en s'insinuant, en frôlant des peaux humides."

 

"- Pourquoi tous ces gens s'ennuient-ils en vacances ? Ils accèdent à des choses qu'ils ne reverront jamais. C'est important, je crois, de découvrir quelque chose que l'on ne connaît pas. Même si on ne comprend pas tout. Pourquoi cela a-t-il si peu de valeur pour eux ?"

 

"Déjà il lui faut rentrer au bateau. Elle n'aura vu qu'Assouan côté pile. Celui rythmé par l'arrivée des bateaux, par les horaires de visite. Peut-être est-ce mieux qu'elle laisse aux égyptiens la plus belle face. On leur en a assez pris."

 

"Que diriez-vous si les touristes égyptiens venaient chez vous attifés d'un béret basque, avec une baguette en plastique sous le bras, et ricanaient autour d'un accordéon de farce ? On n'essaie pas d'approcher les oiseaux en se déguisant en autruche."

 

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2015-04-19T11:48:02+02:00

Vers l'ouest

Publié par MyaRosa

Xavier Jaillard

249 pages, éditions Scrinéo, mars 2015

L'histoire :

De nos jours, David Berg, comédien parisien, hérite de son vieil oncle Djydek une maison dans les Orcades, en Ecosse. Fraîchement débarqué sur l'île, il tombe amoureux du lieu, entre autres... Mais l'insolite comportement des autochtones cache un mystère... Pourquoi Djydek a-t-il quitté son Brésil pour venir mourir ici ?

Quelque part au milieu de des brumes de Scapa Flow, cette histoire renvoie a une autre histoire, enfouie, oubliée, une histoire qui a commencé à Varsovie...

 

Mon avis :

 

 Ces derniers jours, j'avais envie de mystère et d'évasion et j'étais bien tentée par un petit voyage en Ecosse alors le roman de Xavier Jaillard me semblait tout indiqué pour répondre à mes attentes. Finalement, je n'en ressors pas aussi emballée que je l'espérais...

 

 J'ai beaucoup aimé l'intrigue, le grand secret inspiré de faits réels que nous dévoile ce roman, mais malgré tout, j'ai souvent trouvé le temps long... En général, j'aime beaucoup les romans qui nous racontent deux histoires, deux époques que l'on suit en parallèle, mais il y a malheureusement souvent une partie plus intéressante que l'autre et ça a été le cas ici. J'ai adoré toutes les parties qui se déroulaient dans le passé, toute l'histoire de Jaroslow forte, terrifiante et émouvante, mais je n'ai pas été séduite ni touchée par celle de David. Bien sûr, sa démarche, sa quête du Graal est intéressante, mais j'ai trouvé le personnage froid et peu attachant. Je n'ai pas été émue par son histoire d'amour avec Honey ni par les rencontres qu'il fait en Ecosse. J'ai eu du mal à y croire, du mal à m'attacher. Cela manquait de chaleur et d'émotions. Les personnages du présent m'ont semblé sans charisme, sans âme. Je suis restée totalement hermétique à tout cela et à chaque fois que je retrouvais David, j'avais l'impression de tomber sur un obastacle, de tourner en rond et je comptais les pages qui me séparaient de Jaroslow...

 

 Il y a un tel décalage entre les deux parties que j'ai eu l'impression de lire un roman écrit à quatre mains. J'ai trouvé dans les passages concernant la vie de Jaroslow tout ce qui me manquait dans les parties sur David : de l'émotion, de la sensibilité, des rebondissements, du suspense... J'ai tremblé pour Jaroslow, je me suis attachée à lui, je me suis réjouie de le voir faire de belles rencontres et j'ai été totalement captivée par son histoire. C'est dommage que le roman m'ait semblé aussi inégal car du coup j'en garderai un souvenir mitigé. J'avais presque envie de sauter tous les passages avec David pour savoir ce qu'il allait advenir de Jaroslow...

 

Je remercie Livraddict et les éditions Scrinéo pour cette lecture.

 

En quelques mots :

Je suis assez partagée sur ce roman qui alterne passé et présent. Le fil conducteur est passionnant, mais tous les chapitres qui se déroulent dans le passé m'ont captivé et m'ont ému alors que ceux qui se passent dans le présent ne m'ont fait ni chaud ni froid et m'ont même ennuyé. C'est dommage...

 

 

Un petit extrait :

"[...] la mort est comme la mer : aussi longtemps qu'on s'y habitue sans vraiment la connaître, elle reste une idée abstraite. Pour la dominer, il faut en avoir fait l'expérience, avoir vu des cadavres comme on a vu des tempêtes." (Page 218)

 

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2015-03-11T23:57:13+01:00

La Masure de ma mère

Publié par MyaRosa
La Masure de ma mère

Jeanine Ogor

avec la collaboration de Jean Rohou

Catégorie(s) : Littérature francophone

Edition / Collection : Dialogues

Date de parution : 11 février 2015

Nombre de pages : 122

Prix : 16,90€

 

Merci à Babelio et aux éditions Dialogues

 

L'histoire :

« Ceci n’est pas un roman, mais une histoire vraie de relations entre des pauvres et des riches, entre des hommes et des femmes. Ça ne s’est pas passé au Moyen Âge ni dans le tiers-monde, mais dans la campagne bretonne, il y a un peu moins de cent ans, dans une région très chrétienne... »

 

Un jour le prêtre dit : « Dieu est là, ma brave dame, pour les pauvres et pour les riches. Les pauvres ont moins de chance, c’est tout. » Et la famille de Lise n’en a justement pas eu beaucoup. Sa mère, veuve, a quatre enfants qu’il faut nourrir. Aux 11 ans de sa fille aînée, Lise, elle la place chez un riche fermier. La petite gardera les vaches, sera logée dans la grange et... mangera à sa faim. Elle y rencontrera des personnes aimantes, d’autres plus sournoises. Elle y grandira un temps...

 

Jeanine Ogor nous raconte ce que Lise, sa mère, a vécu dans une époque pas si lointaine et pourtant à des années lumière de notre monde. À travers le regard de la fillette, on découvre la vie de la campagne dans le Bas-Léon de la première moitié du XXème siècle. Un monde dur et doux à la fois, avec ses propres lois. Qu’a vécu, dans cette ferme, la douce Lise, qui la marquera à jamais ?

 

 

 Tragique, émouvant, ce récit n'est pas un roman mais plutôt un témoignage, une biographie. Avec ses mots et ce qu'on lui a raconté, Jeanine Ogor nous raconte ici l'enfance de sa mère dans la campagne bretonne au début du XXe siècle. Son récit a été enrichi des connaissances de Jean Rohou, universaitaire ayant écrit plusieurs livres sur la Bretagne, la religion, les inégalités...

 

 On a du mal à imaginer que la vie pouvait être si rude en France, il n'y a de cela pas si longtemps, et pourtant... La famille de Lise n'a pas beaucoup d'argent et sa mère, veuve, peine à s'en sortir, alors la fillette est envoyée chez un oncle, un riche fermier. Elle va vivre chez lui et gardera les vaches. Elle ne sera bien sûr pas payée pour son travail, mais elle aura un toit au-dessus de la tête et pourra manger à sa faim, ce qui à cette époque et dans cet endroit était déjà une chance. C'est dans cet endroit qu'elle va grandir, rencontrer de belles et de mauvaises personnes, découvrir la vie...

 

 Les conditions de vie sont rudes et pourtant, il y a pire ailleurs nous dit-on. Lise nous décrit son quotidien. Ce regard d'enfant innocent porté sur les choses de la vie est touchant. Mais la pauvre petite ne récolte que des claques lorsqu'elle ose poser des questions. Alors, elle observe, essaie de comprendre le monde qui l'entoure mais constate des incohérences chez les adultes et les hommes d'église qui font eux-mêmes ce qu'ils condamnent chez les autres... On apprend avec elle la fin de la guerre, le retour des hommes mutilés. On s'attendrit de sa curiosité et de sa peur face à des choses qui lui semblent terrifiantes mais fascinantes : les trains, les avions...

 

 

 On apprend beaucoup de choses sur les moeurs de l'époque : le folklore local, la peur du diable, les lits clos qui ressemblaient à des armoires et offraient un peu d'intimité à ceux qui dormaient dans la même pièce (je n'en avais jamais entendu parler avant), les enfants livrés à eux-mêmes et ne mangeant pas à leur faim, les épidémies qui déciment des villages entiers, les demandes en mariage orchestrées de A à Z pour ne pas tomber dans le déshonneur, les enfants qui récitent des prières apprises par coeur mais dont ils ne comprennent pas un mot, les amants illégitimes et les maîtres qui couchent avec les servantes, les filles-mères tombées amoureuses de beaux marins, les faiseuses d'anges et les matrones, les prostituées de la rue de Siam et les virées à Brest des hommes mariés. Quel tableau !

 

 Mais ne vous y trompez-pas, tout n'est pas triste et sombre et la petite Lise est pleine de candeur et d'optimisme. Il y a les veillées au coin du feu, les repas de fêtes, les tartines de pain au beurre salé servies avec du bon lait frais, les histoires de korrigans, d'Ankou, de fantômes et de marins qui se transmettent de génération en génération, les descriptions de paysages et les mots bien particuliers qu'utilisent les bretons pour décrire la pluie et le vent. J'ai beaucoup aimé ce récit émouvant et instructif. Il est ponctué d'anecdotes, de notes intéressantes et précieuses, de mots en breton (traduits, bien sûr), d'illustrations en noir et blanc qui m'ont beaucoup plu et qui ont été réalisées par David Cren, et même de recettes de cuisine ! Quelle bonne idée !

 

 

En quelques mots :

"La Masure de ma mère" est un très beau livre. C'est un bel hommage que rend Jeanine Ogor en racontant au monde l'enfance de sa maman dans la campagne bretonne du début du XXème siècle. Les anecdotes et informations apportées par Jean Rohou sont précieuses et passionnantes et les illustrations de David Cren nous transportent dans le temps. C'est tout un univers, une part de l'Histoire qu'on ne connaît malheureusement pas assez qui s'ouvre à nous. Une belle lecture, enrichissante et pleine d'émotions.

 

¤¤

Sachez qu'il existe deux couvertures pour ce livre.

A vous de choisir !

 

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2015-02-09T08:56:00+01:00

Ici ça va (Thomas Vinau)

Publié par MyaRosa

Ici ça va

Thomas Vinau

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Catégorie(s) : Roman contemporain - Littérature francophone

Edition / Collection : 10/18

Date de parution : 21 août 2014

Nombre de pages : 134

Prix : 6,10€

 

L'histoire :

Pour échapper à un quotidien stressant, un couple trouve refuge au milieu des herbes folles, dans les ruines d'une maison familiale. Lui reconstruit, elle jardine. Et tandis que les blessures du passé surgissent entre les fissures des pierres, chacun se reconquiert, redécouvrant le goût de la vie et le chemin lumineux qui conduit à l'autre...

 

monavis

 

 Après avoir lu Pierre noire de Chantal Forêt, roman terrifiant dans lequel un couple se perd en tentant de restaurer une vieille maison au passé lourd, je suis tombée sur ce roman au sujet un peu similaire et je me suis laissée tenter. J'ai bien fait ! S'ils ont quelques points communs, ces deux romans sont finalement très opposés. Les deux auteurs ont fait des choix très différents.

 

 Dans "Ici ça va", le lecteur n'a pas toutes les cartes en main. On ne sait pas grand chose sur le couple que l'on suit et on sent rapidement que le but de l'auteur n'est pas de nous faire deviner leur histoire. Le passé revient parfois comme un lointain écho, mais l'essentiel est dans l'instant. On a l'impression que le temps s'est arrêté ou qu'il s'écoule plus doucement. Le livre est court mais on a envie de prendre notre temps, de le savourer tranquillement.

 

 Cette histoire est celle d'un nouveau départ, d'une restauration. C'est comme si les deux personnages avaient mis leur vie sur pause le temps de reprendre pied et de changer ce qui ne va pas. Il bricole, se souvient parfois de souvenirs lointains vécus dans cette maison qu'il a habité étant petit. Elle jardine, se promène, fait connaissance avec les voisins. Ils reprennent goût à la vie, se concentre désormais sur l'essentiel. Plus rien ne compte que les bruits de la rivière, l'odeur du petit matin, la lumière du soleil. C'est un roman calme, doux, apaisant, lumineux et aussi très poétique. Une belle découverte.

 

En quelques mots :

Un très beau roman, lumineux et poétique, calme et apaisant. L'histoire émouvante d'une reconstruction.

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Quelques extraits :

"Elle m'a dit qu'elle était heureuse d'être ici. Qu'elle était pleine d'espoir pour l'avenir. Je lui ai répondu que moi aussi. Nous nous sommes endormis comme ça. Bien au chaud dans nos projets. Avec demain comme couverture."

 

"Je ne lui ai pas trop parlé de ce qui m'est arrivé. Il a sa propre vie. Son propre combat. Il est loin et je n'ai pas voulu l'inquiéter avec ça. Mon frère est un morceau de mon coeur. Il le sait. Nous sommes le même air joué par deux instruments différents. Nous sommes la même musique."

 

"Je me méfie. J'ai toujours peur que ça ne dure pas. Dès qu'il y a un moment de bonheur, de paix, je me répète que ça ne durera pas. Que le temps est un menteur. Qu'avoir quelque chose c'est commencer à le perdre."

 

"La confiance ne se déclame pas. Il faut l'apprendre. Tout doucement. Il faut que quelqu'un d'autre vous l'apprenne. A grands coups de demains et de câlins."

 

"J'effectue des allers-retours entre mon enfance et notre avenir. Nous construisons quelque chose même si tout semble immobile. Même recroquevillés au fond de nous-mêmes. Nous construisons la prochaine saison. La prochaine lumière. Ce moment où les jours rallongeront. Cette façon de renaître."

 

"Ce fût une période de vacances. Un trou dans l'espace-temps. Une de ces périodes pendant lesquelles l'adulte bancal que nous sommes devenus obtient l'autorisation de retrouver l'enfant qu'il était. Une sorte de dérogation exceptionnelle aux piétinements du temps."

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2015-02-04T13:15:00+01:00

Pierre noire (Chantal Forêt)

Publié par MyaRosa

Pierre noire

Chantal Forêt

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Catégorie(s) : Roman contemporain / Littérature française

Edition / Collection : L'Archipel

Date de parution : 21 janvier 2015

Nombre de pages : 260

Prix : 17,95€

 

L'histoire :

Isabelle et Nicolas s'aimaient. Ils attendaient leur premier enfant. Ils avaient tout pour être heureux. Voilà ce que l'on disait dans le village où ce jeune couple sans histoire venait de s'installer. Jusqu'au jour où le hasard d'une promenade fait surgir entre eux une maison abandonnée, tapie dans les ronces. Nicolas se prend pour ces vieilles pierres d'une passion qu'Isabelle ne comprend ni ne partage. Il rêve de lui redonner vie ; elle éprouve une sourde angoisse à l'idée d'y passer le reste de ses jours. Alors, peu à peu, les promesses de bonheur s'envolent. Isabelle se laisse hanter par le secret que les murs de Pierre noire semblent enfermer. Et par le souvenir de Marie, ancienne propriétaire des lieux, une veuve de guerre ayant sombré dans la folie... Ne voient-ils pas, Isabelle et Nicolas, qu'au lieu de posséder Pierre noire c'est elle qui les possède ? Chantal Forêt suit leur destin d'une écriture en alerte, comme on observe le progrès d'un incendie sans pouvoir l'arrêter...

 

monavis

 

 Très intriguée par sa quatrième de couverture, je me suis plongée dans ce roman en étant presque certaine qu'il allait me plaire et je ne me suis pas trompée ! J'ai tout de suite été emballée par l'écriture captivante de Chantal Forêt. Le récit s'ouvre sur un drame et l'on revient ensuite en arrière pour comprendre ce qui a pu se passer. On fait la connaissance de Nicolas et Isabelle, un couple dynamique et épanoui venu s'installer dans un petit village du bourbonnais à la suite d'une mutation. Ils s'adaptent rapidement à leur nouvelle vie calme et tranquille, loin des HLM qu'ils ont toujours connu. Les habitants du village, d'abord un peu méfiants, les acceptent rapidement et des liens se tissent au fil du temps.

 

 Tout va pour le mieux jusqu'à ce que Nicolas, au cours d'une promenade, succombe au charme d'une vieille bicoque. A partir de ce moment, il n'a plus qu'une obsession : s'y installer et construire un petit nid douillet pour sa famille. Le bonheur les attend dans cet endroit, il en est persuadé. Le problème, c'est qu'Isabelle, déjà fragilisée par un triste événement, ne se sent pas du tout à l'aise dans ce lieu. Au contraire, Pierre noire l'effraie et la rebute. Elle tente d'en savoir plus sur cet endroit pour mieux comprendre son trouble et ce qu'elle apprend sur le passé de cette maison ne la rassure pas... Le problème, c'est que Nicolas, totalement hypnotisé par Pierre noire, ne se rend pas compte du malaise qu'éprouve sa femme. Bientôt, l'écart se creuse entre eux et l'on voit ce couple pourtant si amoureux s'étioler peu à peu...

 

 Chantal Forêt est une merveilleuse conteuse. Elle arrive aussi bien à nous décrire les particularités de la vie dans un petit village, les relations entre les gens, que le mal-être d'Isabelle. Très vite, on se met à sa place et on se sent, comme elle, prisonnier de Pierre noire. L'auteur nous enferme dans cet endroit. L'atmosphère est tendue et étouffante et l'on en vient même à croire aux fantômes... Il y a une espèce de pessimisme réaliste qui est assez effrayant, comme si c'était la fatalité et qu'il y avait des choses contre lesquelles on ne pouvait pas lutter. C'est un roman qu'on a beaucoup de mal à reposer une fois qu'on l'a commencé. Et meme quand on ne le lit pas, il nous hante, nous possède, nous obsède. On a envie d'en savoir plus, de comprendre aussi bien les personnages que l'histoire de Pierre noire. Cet endroit exerce une fascination dérangeante et malsaine sur nous comme sur les personnages. On a autant envie de s'en approcher que de fuir à toute vitesse. J'ai adoré les sensations ressenties durant cette lecture. C'était troublant. Merci à Chantal Forêt pour ce huis clos remarquable et terrifiant.

 

En quelques mots :

Fascination, obsession, angoisse, folie, dépression,... Une chose est sûre, Pierre noire ne laissera personne indifférent !

 

 

Quelques extraits :


"Illusion d'un soir ! Supercherie ! Trompe-l'oeil ! Aucun miracle ne s'était produit.

Malgré l'importance bien réelle des travaux effectués, la propreté irréprochable des lieux, la maison était toujours la même. Elle n'avait pas plus changé qu'un visage ne change sous le maquillage. Toutes les rénovations du monde n'en effaceraient par les tourments passés, l'atmosphère lugubre. Il ne servirait à rien de repeindre en blanc ces murs qui chuintaient de tristesse. C'était mettre un masque joyeux sur grimaces et pleurs."

 

"Après l'agitation parisienne, il lui faut réapprendre le calme lénifiant du village, cette torpeur que la mauvaise saison aggrave, cet immobilisme des êtres et des choses qui ressemble à de la fidélité, cette paix qui vous recouvre tel un manteau douillet, mais un peu trop lourd... Cette atmosphère qui sait si bien renvoyer à ceux qui vivent là, l'écho de leurs joies ou de leurs peines."

 

"Quelquefois, le fil de la vie nous échappe comme une corde qui se dérobe, nous glisse entre les mains avant même qu'on ait eu le temps de la saisir, de s'y accrocher."

 

"Les meilleurs moments de la vie s'usent d'eux-mêmes sans que l'on n'y puisse rien."


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2015-01-22T13:20:00+01:00

Les mensonges ne meurent jamais

Publié par MyaRosa

Les mensonges ne meurent jamais

Séverine De La Croix

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Catégorie(s) : Roman contemporain - Littérature francophone

Edition / Collection : Michel Lafon

Date de parution : 6 novembre 2014

Nombre de pages : 304

Prix : 14,95€

 

L'histoire :

Une femme qui disparaît.

Un couple en danger.

Les terribles secrets d'une famille.

Un compte à rebours implacable.

 

monavis

 

 En ce moment, je suis vraiment gâtée côté lecture. Je fais de jolies découvertes, des romans très différents mais qui sont tous très addictifs. Celui-ci n'a pas fait exception puisque je l'ai lu presque d'une traite. "Les bonnes familles sont pires que les autres". Cette citation que l'on découvre sur la couverture du roman de Séverine De La Croix pose tout de suite le décor et nous en dit un peu plus que la quatrième de couverture assez vague et énigmatique. On aurait également pu mettre en avant quelques proverbes bien célèbres : "L'argent ne fait pas le bonheur", "L'habit ne fait pas le moine" ou "Les apparences sont trompeuses"...

 

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Manon, jeune trentenaire issue d'une bonne famille, apprend par hasard un secret sur les siens vieux de plusieurs dizaines d'années. Intriguée par ce petit bout d'histoire familiale qu'elle ignorait, elle décide d'en savoir plus et de mener sa petite enquête. Mais elle ne sait pas dans quoi elle s'est embarquée... Car cette famille, irréprochable en apparence, cache de bien vilaines choses... Pourquoi lui a-t-on menti durant toutes ces années ? Qu'est-ce que les siens veulent à tout prix cacher ?

 

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 Séverine De La Croix nous livre un premier roman réussi et très convaincant. J'ai tout de suite été séduite et intriguée par cette histoire. J'ai aimé l'écriture de l'auteur, la spontanéité de Manon, le fait que les chapitres soient courts et qu'il y ait des flash back et beaucoup de rebondissements. On ne s'ennuie pas une seule seconde. On a envie de savoir, de comprendre jusqu'ou cette famille est enlisée dans le mensonge. On découvre des choses terrifiantes, des secrets vraiment très sombres qui en ont entraîné d'autres et on se demande vraiment jusqu'ou il va falloir remonter pour connaître la vérité. Il faut vraiment se méfier de tout le monde, même des gens que l'on croit connaître. Ca fait froid dans le dos ! C'est un roman difficile à lâcher, plein de rebondissements et de surprises. Je me suis régalée !

 

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En quelques mots :

Un premier roman très réussi et difficile à lâcher. Mensonges, cruauté, secrets de famille, péchés impardonnables... En effet, "les bonnes familles sont pires que les autres."


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2014-11-24T08:22:00+01:00

Le Palais des Ombres (Maxence Fermine)

Publié par MyaRosa

Le Palais des Ombres

Maxence Fermine

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Catégorie(s) : Littérature francophone - Roman contemporain

Edition / Collection : Michel Lafon

Date de parution : 2 octobre 2014

Nombre de pages : 363

Prix : 19,95€

 

L'histoire :

Paris, dans les années 1960. Nathan Thanner, trentenaire taciturne et discret qui ne vit que pour ses marionnettes confectionnées dans le secret de sa boutique, voit sa vie bouleversée par une lettre de son père auquel il ne parle plus depuis vingt ans. Cet ex-romancier à succès, dont la rumeur veut qu’il soit devenu fou, lui annonce son décès et l’héritage qu’il lui lègue : l’énigmatique maison où il vivait reclus, Le Palais des Ombres. Mais, même dans la mort, Hugo Thanner reste un être fuyant et mystérieux, à l’image de cette demeure diabolique qui semble se jouer de Nathan. Commence alors pour le jeune homme un inquiétant jeu de pistes dont l’issue pourrait le changer à jamais…

 

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 Maxence Fermine est l'un de mes auteurs contemporains préférés. Je trouve que c'est un merveilleux conteur. Il nous raconte, avec beaucoup d'aisance, des histoires fabuleuses, pleines de poésie et d'onirisme. Si, j'ai aimé sa trilogie destinée aux plus jeunes, j'aime encore davantage ses romans pour adultes que je trouve tout aussi riche au niveau de l'imaginaire, mais plus fluides et plus aboutis au niveau de l'écriture. Le Palais des Ombres, le huitième roman de Maxence Fermine que je lis, en est un merveilleux exemple puisque l'auteur nous délivre une histoire originale avec beaucoup de suspense et d'émotions qui nous replonge au coeur de l'enfance, dans un univers fascinant où les rêves et l'imaginaire ne sont jamais loin. On a du mal à savoir où on va et ce qu'on lit : un récit fantastique ? Un roman d'horreur ? Un drame contemporain ? Un conte ? C'est un peu tout cela à la fois et les pièces du puzzle s'assemblent au fur et à mesure...

 

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 Dans ce roman, on voit la vie de Nathan Thanner basculer du jour au lendemain par une simple lettre. Cet homme discret et renfermé qui tient une petite boutique de marionettes reçoit une étrange lettre de son père photo-1.PNGavec qui il n'avait plus aucun contact. Celui-ci, l'invite en quelque sorte à se rendre à son enterrement, et Nathan se retrouve avec un étrange héritage : le Palais des Ombres. Une lugubre, mystérieuse et gigantesque demeure parisienne située près du Père Lachaise, qui semble renfermer de sombres secrets. Certains disent que cet endroit est hanté. Et si c'était vrai ? Nathan Thanner n'a d'autres choix que de percer les mystères de cet endroit puisque l'héritage est soumis à plusieurs conditions. Il ne doit pas s'en séparer avant au moins dix années et doit retrouver un mystérieux manuscrit.

 

 Un contrat signé avec du sang comme un pacte avec le diable. Des automates effrayants qui semblent s'animer et se déplacer. Une maison pleine de pièces secrètes, de vieilles malles pleines de poussière et de recoins sombres. Un éditeur qui semble avoir perdu la raison. Un magicien qui revient d'entre les morts. Un écrivain obsédé par ses oeuvres. Un lieu aussi terrifiant que fascinant, chargé d'histoires et de sombres secrets. De merveilleuses balades au coeur de Paris. D'étranges disparitions... Voilà un roman qui nous tient en haleine du début à la fin. On est happé par les mots de Maxence Fermine, magiques et poétiques. L'auteur nous raconte cette histoire avec beaucoup de talent et arrive à maintenant le suspense jusqu'au bout de ce roman brillant et surprenant. J'ai adoré et je l'ai dévoré !

 

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En quelques mots :

Un roman unique en son genre et difficile à décrire puisqu'il est à la fois effrayant, surprenant, émouvant et bluffant ! J'ai adoré !

 

 

extraits à venir...


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2014-11-19T20:47:00+01:00

Shanoé (Lorris Murail)

Publié par MyaRosa

Shanoé

Lorris Murail

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Catégorie(s) : Fantastique

Edition / Collection : Scrineo

Date de parution : 28 août 2014

Nombre de pages : 334

Prix : 16,90€

 

L'histoire :

Louise n’est pas une petite fille comme les autres. Electro-sensible, sa condition la rend allergique à toutes les ondes électromagnétiques. Pas d’internet, pas de téléphone, de télévision, ni même d’ascenseur… Louise est condamnée à vivre loin de toute la modernité de notre époque.Pour préserver sa santé et lui permettre de vivre une vie normale, son père Stan, agent littéraire, et sa mère peintre, décident de partir et d’acheter une propriété à la campagne où les ondes ne passent pas. Mais le lieu qu’ils viennent d’investir n’est pas un lieu comme les autres, et le passé violent de cet endroit ne va pas tarder à refaire surface… A mesure que Stan plonge dans l’histoire du château, le comportement de sa fille se fait de plus en plus étrange, et il ne sait que penser : Est-ce la manifestation de forces surnaturelles, ou la preuve que son enfant sombre lentement dans la folie ?

 

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 Quel étrange roman ! C'est vraiment la première chose qui me vient à l'esprit quand je pense à Shanoé. Je me suis embarquée dans cette lecture sans trop savoir où j'allais, intriguée mais avec quelques appréhensions car les avis sur ce roman sont plutôt mitigés. Et bien, en ce qui me concerne, j'ai beaucoup aimé !

 

 Le point de départ, c'est à dire l'électrosensibilité de Louise m'a beaucoup plu. On essaie de se mettre à sa place et on se rend compte à quel point nous vivons dans un monde chargé d'ondes, que ce soit avec le wifi, la TNT et les smartphones qui sont totalement omniprésents aujourd'hui et font partie de notre quotidien à tous. J'ai beaucoup aimé découvrir le château de Ruet aux côtés de Louise et de sa famille. C'est un lieu chargé de mystère. Un endroit immense avec des pièces qui renferment des secrets et des malles pleines de vieilleries ou de petits trésors. On suit le nouveau quotidien de chacun. Louise qui prend ses marques, réapprend à vivre normalement loin des ondes tandis que son père la maudit intérieurement pour tous les sacrifices qu'elle l'oblige à faire. Et puis, il y a la mère de Louise, obnubilée par sa peinture au point d'en oublier parfois tout le reste...

 

 L'atmosphère de ce roman est vraiment très étrange. On pourrait dire de ce roman qu'il est lent et froid, mais loin d'être un reproche, je trouve qu'au contraire, ça le rend encore plus effrayant. Il y a une certaine tension qui nous tient en haleine. On se sent parfois un peu perdu, un peu dans le brouillard, étourdi par ce qui se passe. C'est déstabilisant, mais j'ai adoré ça ! Je ne m'attendais pas à un roman aussi étrange et aussi perturbant. Il y a des passages qui font vraiment froid dans le dos, des scènes vraiment très inquiétantes à ne pas lire le soir juste avant de se coucher au risque de passer une nuit blanche à trembler !

 

 Les réactions des personnages m'ont elles aussi déstabilisé à plusieurs reprises. Ils sont parfois totalement détachés, déconnectés, et le récit n'en est que plus troublant. On a du mal à savoir quoi en penser, mais au final, j'ai beaucoup aimé et l'épilogue a achevé de me convaincre. C'est une lecture originale, étonnante et troublante que je recommande aux amateurs de frissons et de surnaturel. Mention spéciale pour la couverture que je trouve très réussie. Merci à Livraddict et aux éditions Scrinéo pour cette lecture.

 

 

En quelques mots :

Un roman unique en son genre, troublant et déstabilisant qui fait vraiment froid dans le dos !



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2014-11-12T09:15:00+01:00

Le poison d'amour (Eric-Emmanuel Schmitt)

Publié par MyaRosa

Le poison d'amour

Eric-Emmanuel Schmitt

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Catégorie(s) : Littérature francophone - Roman épistolaire

Edition / Collection : Albin Michel

Date de parution : 2 octobre 2014

Nombre de pages : 165

Prix : 15€

 

L'histoire :

Quatre adolescentes veulent découvrir l'amour, autant par goût que par pression sociale... Tous les soirs, malgré la journée passée ensemble au lycée, elles échangent des messages délivrant leurs désirs, leurs intrigues, leurs réussites ou leur impatience. Jusqu'au jour où le drame a lieu...

 

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 Ce livre est le second volet d'un diptyque sur l'amour et la passion. Le premier volet - L'élixir d'amour - est disponible depuis le printemps dernier. Les deux sont indépendants et je n'ai d'ailleurs pas encore lu le premier. "Le poison d'amour" s'adresse à un public assez large et peut, sans problème, être lu par des adolescents.

 

 Eric-Emmanuel Schmitt est un auteur que j'apprécie beaucoup mais cela faisait longtemps que je ne m'étais pas plongée dans l'un de ses romans. C'est toujours aussi plaisant de le lire. Je trouve que c'est très difficile pour un auteur adulte de se glisser dans la peau d'un enfant et plus encore peut être d'un adolescent. Souvent, le langage est trop soutenu pour être crédible et le personnage a trop de recul par rapport à lui-même ce qui le rend peu convaincant. Parfois, l'auteur essaie, au contraire, de paraître détendu et utilise un langage qu'il pense être jeune mais qui au final n'est ni crédible ni agréable à lire. Je vous rassure tout de suite, Eric-Emmanuel Schmitt a réussi à éviter tout cela et se glisse avec beaucoup d'aisance dans la peau de quatre adolescentes bourrées de complexes et d'incertitudes sur la vie et l'amour.

 

 On suit leur quotidien, leurs pensées, leurs espoirs, leurs rêves et leurs doutes au travers des pages de leurs journaux intimes que l'on dévore sans aucun scrupule. On les découvre au fil des pages, beaucoup moins sûres d'elles qu'elles ne le montrent, beaucoup moins fidèles en amitié comme en amour... Peu à peu, le vernis se craquèle au fur et à mesure que l'amour s'insinue dans leur vie et dans leur quatuor. On sent le mal-être de chacune, la jalousie et même le mépris qu'elles ressentent.

 

 Eric-Emmanuel Schmitt nous amène à nous interroger sur l'amour. Qu'est-ce que l'amour ? Est-il aussi pur et aussi vrai que ce qu'on croit ou n'est-il qu'une illusion ? L'amour peut-il durer toute une vie ? La passion est-elle la plus merveilleuse des choses ou le plus mortel des poisons ? Faut-il souffrir pour aimer et vivre vraiment ? Qu'aime-t-on vraiment dans l'amour : la personne aimée ou la sensation d'aimer et d'être aimé (ou justement de ne pas l'être en retour) ?

 

 J'ai vraiment aimé toutes les réflexions que ce texte amène et les réponses suggérées par l'auteur. Je trouve qu'il parle merveilleusement bien de l'adolescence. Tout ce qu'il dit sur ce qu'on ressent à cet âge, sur les sentiments exacerbés et l'extrême sensibilité est vraiment pertinent. Je me demande si j'aurais aimé lire ce livre à l'adolescence, si je me serai sentie comprise ou si c'est justement le recul que j'ai maintenant qui me permet de l'apprécier à sa juste valeur. Toujours est-il que j'ai aimé suivre ses adolescentes, lire leurs journaux intimes, leurs textos, les voir changer grâce ou à cause de l'amour et voir leurs vies basculer. C'est un texte qui bouscule et qui ne peut pas laisser indifférent. On voit ces ados se donner corps et âme, se lancer à corps perdu dans des histoires d'amour qui causeront assurément leur perte. On les voit subir la pression sociale, se jalouser, s'auto-détruire... C'est violent et je ne m'attendais pas à quelque chose d'aussi sombre.

 

 Je ne pensais pas apprécier autant cette lecture et pourtant, je l'ai trouvé agréable, passionnante et très intéressante. C'est, en plus de tout cela, une lecture marquante que je n'oublierai pas de sitôt !

 

En quelques mots :

Une lecture marquante et pertinente qui apporte des questions et des réponses intéressantes sur l'adolescence et l'amour. Un récit bien écrit et marquant.

 

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"Quand j'aime, ça tombe toujours au hasard. Un garçon entre au Balmoral et je reçois une balle dans le coeur. J'ai chaud, je brûle, je m'effondre, victime de l'attentat, la blessée par surprise, le dommage collatéral. Je n'ai rien choisi ! Parfois, le garçon ne me voit même pas, il regarde ailleurs, il se contente d'avancer en se balançant, de se caresser les cheveux, de sourire à une serveuse ou d'interpeller un copain au fond de la salle, et moi je craque, je me fissure, j'avale la mitraille. Je suis le mur des fusillés, une façade de Damas, l'enceinte de Ramallah. Je hais l'amour. Je tiens à me révolter contre lui. Si aimer veut dire subir, ne plus s'appartenir, devenir esclave, je ne veux pas aimer. "

 

"Pourquoi les garçons semblent indifférents jusqu'à l'instant où, à la dérobée, le temps d'un éclair, ils prononcent des mots qui désarçonnent ? On dirait des chasseurs qui cheminent, placides, au milieu des bois puis, en une seconde, bandent leur arc, tirent la flèche et tuent la biche. Je ne me sens pas une vocation de gibier. A quel moment sont-ils sincères, les hommes, lorsqu'ils ont l'air dégagé ou quand ils massacrent ?"

 

"On ne choisit pas en amour, on est choisi par l'amour. La passion fond sur Juliette et Roméo comme un virus contamine une population. Venue de l'extérieur, elle les infiltre, elle creuse son lit, prospère, se développe. Ils la subissent, cette passion, ils se tordent de fièvre, ils délirent, ils laissent toute la place à ce fléau, au point d'en mourir."

 

"Ma Raphaëlle, apprends que des Terence, il y en a des milliers, des millions, puisque c'est nous, les filles, qui les créons en permettant à la bactérie d'un regard d'entrer en nous ; ensuite, la maladie suit son cours en nous rendant démentes, en parant le garçon d'avantages ou de lauriers qu'il n'a pas, en nous persuadant que notre bonheur, notre salut passent par ses bras.

"Roméo, Roméo, pourquoi es-tu Roméo ?"

Parce que les Juliette savent inventer les Roméo."

 

"Dans chaque personne familière se tapit un étranger prêt à bondir. [...] J'appréhende ce qui va un jour sortir de moi. On croit se connaître alors qu'on discerne juste une silhouette au loin. S'approcher s'avère périlleux. Notre apparence et notre histoire antérieure constituent un paravent derrière lequel se cache l'inconnu. J'espérais qu'en mûrissant, je deviendrais moi-même. Mais si je devenais une autre ?"

 

"Naguère, j'étais libre et je m'amusais. Ce soir, je pleure, je peste, je rage. Ce garçon m'a rendue épileptique et fichue en prison."

 

"Dans un rêve d'amour, tout est beau sauf le réveil"

 

"Les larmes sont des messagères subtiles qui distillent mille informations à la fois."


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2014-07-11T08:11:00+02:00

Trois filles et leurs mères : Duras, Beauvoir, Colette

Publié par MyaRosa

Trois filles et leurs mères

Duras, Beauvoir, Colette

Sophie Carquain

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Catégorie(s) : Biographies romancées

Edition / Collection : Charleston

Date de parution : 12 avril 2014

Nombre de pages : 294

Prix : 18,50€

 

Présentation de l'éditeur :

Trois femmes. Nées au tournant du siècle, entre 1873 et 1914, Colette, Simone de Beauvoir, et Marguerite Duras ont un point commun : celui d’avoir une hyper-mère, qu’elle soit fusionnelle (comme Sido), autoritaire (comme Françoise de Beauvoir) ou ambivalente (chez Duras). Trois destins. Sophie Carquain fait revivre les trois monstres sacrés dans leurs décors : l’exotisme de l’Indochine des années 20 chez Duras, la bourgeoisie du début de siècle chez Beauvoir, la Bourgogne pour Colette. Et raconte comment elles ont construit leur univers et pris la plume pour se distancer de « Big Mother ». Pour exister. Trois romans. Dans ce superbe triptyque, Sophie Carquain écrit le roman de ces trois femmes. - trois romans reliés par un subtil jeu de correspondances - et explore la complexité de la plus belle relation qui soit : celle qui unit une fille et sa mère.

 

Merci à Babelio et aux éditions Charleston.

 

monavis

  Je ne savais pas vraiment à quoi m'attendre en ouvrant ce livre car même si je connais ces grandes femmes de lettres françaises pour avoir lu quelques uns de leurs romans, je ne savais pas grand chose de leurs vies respectives. C'est surtout le titre de ce livre qui a attisé ma curiosité. J'ai toujours aimé les romans qui parlent des relations mère-fillle et le livre autobiogaphique dans lequel Justine Lévy parle de sa relation compliquée avec sa mère - Mauvaise fille - est l'un de mes préférés, alors pourquoi pas ?

 

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 J'ai eu bien raison de me laisser tenter car j'ai dévoré et adoré ce triptyque ! J'ai été captivée par ces histoires d'enfance, toutes les petites anecdotes qu'elles soient vraies ou imaginées par l'auteur, et j'ai été fascinée par ces relations mères-filles. L'auteur dresse d'abord le portrait de Marguerite Duras. Elle nous parle de son enfance en Indochine, de sa mère qui n'avait d'yeux que pour son fils aîné et de leur vie de famille si compliquée. La petite Marguerite grandit auprès d'une mère sévère, autoritaire et d'un frère aîné tyrannique et détestable qui la bat sous les yeux de sa propre mère. Vient ensuite le tour de Simone de Beauvoir qui grandit et évolue dans le milieu de la bourgeoisie, au début du XXième siècle. Dès le plus jeune âge, elle fait des colères épouvantables que personne ne parvient à comprendre ni à calmer. C'est une petite fille précoce qui apprend à lire toute seule et qui a soif de connaissances. Elle aspire à plus de libertés et c'est en vacances à la campagne, chez ses grands-parents qu'elle acquiert ce petit bout de liberté qui lui manque tant au quotidien. Son père lui fait découvrir en cachette des romans d'aventures tandis que sa mère s'acharne à masquer toute trace de féminité chez elle... Et puis, nous découvrons aussi l'enfance provinciale de Colette auprès d'une mère aimante et attentionnée. Tellement aimante qu'elle en devient étouffante. Elle cherche toujours à savoir ce que sa fille fait et à quoi elle pense et passe son temps à la stimuler, à la pousser à se dépasser, à observer telle ou telle chose, si bien que Colette, très vite, rêve de silence et d'ennui. Elle rêve de pouvoir flâner tranquillement, ne penser à rien, ne pas avoir de compte à rendre à qui que ce soit... Cette mère qu'elle admirait tant devient à ses yeux une sorte de sorcière qui voit tout, entend tout, comprend tout et lit dans ses pensées. Elle en fait même des cauchemars terrifiants !

 

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 L'auteur nous décrit l'enfance de ces trois femmes en y ajoutant des scènes fictives qui pourraient être vraies. Elle les compare, les analyse. Elle nous parle de ce qui a manqué à ses grandes femmes de lettres et nous explique que c'est pour s'affranchir de leurs mères qu'elles se sont mises à écrire. Elle nous parle aussi des changements survenus durant leur vie et de la manière dont elles les ont vécu : perte des parents, pauvreté, déchéance, déménagement, etc... J'ai trouvé ces trois portraits de femmes vraiment captivants ! Ces portraits sont aussi intéressants qu'émouvants. Bien que très différentes, elles ont toutes souffert de leur relation avec leur mère, que celle-ci soit étouffante, peu aimante ou trop autoritaire. J'ai adoré découvrir l'Indochine à travers le regard de la petite Marguerite, flâner aux jardin du Luxembourg en compagnie de la petite Simone, adorable petite fille aux anglaises brunes, et j'ai aimé les descriptions de la maison de Colette qui sent bon la cuisine,les tartines et l'essence de violette. Même s'il est ponctuée d'analyse et de références, ce texte se lit tout seul, comme un roman, avec beaucoup de fluidité. L'auteur, tout en allant à l'essentiel, prend le temps de s'attarder sur des petits détails qui nous transportent ailleurs et plantent le décor : les odeurs, les saveurs, les couleurs, etc... et elle fait la part belle aux mots et à la lecture, passion commune qui nous relie aussi aux femmes de ce roman et à l'auteur. On découvre des femmes, des histoires, des secrets, des portraits uniques et fascinants. Un livre passionnant !

 

En quelques mots :

Je suis vraiment ravie de cette découverte. Je ne pensais pas que ce livre me plairait autant, et pourtant, j'ai été captivée par le portrait de ces femmes et de leurs mères, aussi fascinant qu'émouvant. J'ai adoré découvrir l'enfance de ces femmes de lettres, en apprendre plus sur elles, sur leurs époques respectives. C'est une très belle lecture !




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