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2014-02-14T21:28:00+01:00

Belle famille (Arthur Dreyfus)

Publié par MyaRosa

Belle famille

Arthur Dreyfus

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Catégorie(s) : Littérature francophone

Edition / Collection : Folio

Date de parution : 31 octobre 2013

Nombre de pages : 269

Prix : 6,80€

 

Quatrième de couverture :

Madec se dirigea vers la cuisine pour chercher un couteau à pointe fine. Comme s'il était surveillé, il s'interdit la lumière. L'obscurité ne faisait pas disparaître les formes, mais les couleurs. Est-ce ainsi que voyaient les gens dans les vieux films ? L'enfant ouvrit le tiroir à ustensiles. Ensuite, un peu de bruit, et beaucoup de silence.

 

monavis

 

 En ce moment, je cours partout. J'ai des milliers de choses à faire, des enfants malades à soigner et à consoler et du retard à rattraper. Pourtant, après avoir ouvert ce livre, je n'ai plus réussi à le reposer et je l'ai dévoré dans l'après-midi, entre les biberons, les câlins et les médicaments à donner. Cela faisait bien longtemps que ça ne m'était pas arrivé. Ce livre m'a totalement happé. Je me suis sentie prisonnière, victime d'une curiosité malsaine qui me poussait à aller plus loin dans ma lecture malgré la monstruosité de l'histoire. Je voulais savoir, je voulais comprendre. Et maintenant, me voilà complètement chamboulée. Bien sûr, on ne peut pas lire ce roman sans penser à une histoire qui a fait le buzz il y a quelques années : la disparition de la petite Maddie alors qu'elle était en vacances en famille au Portugal. Disparition ? Meurtre ? Accident ? Enlèvement ? A ce jour, on ne connaît toujours pas le fin mot de l'histoire. Arthur Dreyfus s'est largement inspiré de cette sombre histoire pour écrire ce roman glaçant et percutant et le moins que l'on puisse dire, c'est que le parti qu'il prend fait froid dans le dos !

 

 Nous faisons la connaissance de la famille Macand qui pourrait ressembler à beaucoup d'autres familles : trois enfants, une mère froide et autoritaire qui porte la culotte, un père un peu effacé qui semble se demander ce qu'il fait là, sans pour autant envisager de changer la moindre chose dans sa vie et des vacances en Italie qui approchent à grand pas. Des vacances qui vont mal se terminer puisque, Madec, l'un des enfants disparaît. L'auteur dresse le portrait psychologique de chaque personnage et alterne les points de vue. Il s'intéresse surtout à l'après, au cirque médiatique qui entoure ce drame, aux mensonges et aux rôles joués par certains et à la part de gloire que tout un chacun essaie d'obtenir même dans les moments les plus sombres. C'est terriblement noir, voire même glauque et en même temps fascinant. Ce qui est effrayant, c'est que le portrait que l'auteur nous fait des personnages semble vrai. C'est crédible et la distance, la froideur qu'il met dans ses mots apporte une crédibilité, une impression d'objectivité qu'on ne peut pas contrer. Il étale les faits sans jamais laisser place au doute. Avec cynisme, l'auteur décortique l'âme et l'esprit humain. Il s'attaque également à notre société à la dérive, et à son absurdité. Personne n'est blanc dans cette histoire. Tout le monde a quelque chose à se reprocher : la famille, la société, les médias, les opportunistes et même le lecteur.

 

 J'ai trouvé ce roman pertinent, brillant et pleinement d'actualité puisqu'il aborde de nombreux sujets souvent tabous (la sexualité, la violence, le manque d'amour, le mensonge, l'acharnement médiatique, le coupable idéal à qui l'on jette trop vite la pierre etc...) et on pourrait rapprocher cette affaire de beaucoup d'autres. On est tenu en haleine du début à la fin, aussi choqué que fasciné. L'écriture d'Arthur Dreyfus est très agréable à lire et très mature malgré le jeune âge de l'auteur. J'ai d'ailleurs noté beaucoup de passages et de citations. C'est un roman qu'on ne peut pas oublier de sitôt. Je comprends que la façon dont l'auteur nous énonce les faits puisse déplaire par son côté froid, distant, qui peut paraître presque insensible, mais j'ai trouvé que c'était d'autant plus percutant et vraisemblant. Les dernières lignes m'ont glacé le sang. Je vais avoir du mal à m'en remettre...

 

En quelques mots :

Un roman qui vous prend aux tripes, vous happe et ne vous lâche pas avant de vous avoir ouvert les yeux. Ce serait mentir que de dire qu'on se sent comme avant en le refermant. C'est un roman qui choque, qui envoie valser nos certitudes, nous fait douter de tout et de tout le monde. On se sent presque coupable après l'avoir lu.

 

¤¤¤¤

 

 "Je ne crois pas en la vérité. Comme l'esprit humain, elle a ses humeurs. Elle a son humour. On pense la tenir par une extrémité. De l'autre elle se dérobe, pour nous contraindre à rêver. L'écrivain ne fait rien d'autre que cela : rêver la vérité. A sa mode il la tourne ; comme le caramel mou confectionné par des tabliers blancs sur les marchés de Bretagne.

 

La matière première du romancier ne colle pas aux molaires. Elle flotte autour de lui. Ce sont des larmes. Ce sont des lignes. [...] L'écrivain n'est jamais fidèle à la vérité. Il lui préfère sa petite soeur, la vraisemblance." (Pages 13 & 14)

 

 

 "Pourquoi regardait-il la vie au lieu de la vivre ? Jamais il ne s'était senti malheureux, seulement il ne comprenait pas la nécessité d'aller à l'école, à l'église, chez le dentiste, de recevoir des cousins à dîner. S'il consentait à jouer le jeu, c'est qu'il guettait la moindre de ces parenthèses - ces instants où, fracassant le réel, l'imprévu pouvait éclore. Une parenthèse, c'était le nuage de craie qui provoque l'éternuement de la maîtresse ; c'était le reflet azur du vitrail coulant sur le nez de Julien Matis ; c'étaient deux grandes personnes qui s'aiment sans se le dire." (Page 64)

 

 "Pourquoi la vie, dans son grand hasard, distribuait-elle du sucre aux uns et du sel aux autres ?" (Page 232)

 

 "L'enfance est un coloriage. [...] Si à la naissance, nous recevons tous le même carnet blanc, les couleurs pour l'illustrer sont inégalement distribuées [...]" (Page 234)

 

 

Merci à Livraddict et aux éditions Folio.


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commentaires
L
Quelle capacité tu as à me donner envie de lire les livres que tu as lu ! (même s'ils paraissent horribles...)<br /> <br /> Mais j'en ai encore tellement en attente (dont 2 qui viennent de chez toi) que non je ne craquerai pas.<br /> <br /> Bises
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S
Après avoir lu le billet de c'era je n'étais pas trop tentée, bon maintenant jcai de nouveau envie de le lire...
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M
<br /> <br /> Je pense qu'il pourrait te plaire, même si ça fait drôle de dire ça d'un roman de ce genre.<br /> <br /> <br /> <br />
C
Je note le titre "Insecte" au cas où je pourrais trouver cette nouvelle en bibli. Merci pour l'information Mya :)<br /> <br /> C'est drôle comme d'une personne à l'autre, les émotions peuvent être différentes. Je ne peux pas dire que j'ai ressenti de la culpabilité par rapport à ma sympathie pour Ron. Ni même par rapport à<br /> mon intérêt pour les faits.<br /> Je crois que j'avais envie simplement de savoir jusqu'où tout ça allait aller. Curiosité malsaine? peut-être. Forme de voyeurisme? va savoir. Je crois que j'ai eu un mélange de stupeur quand il<br /> arrive ce qui arrive, comme un choc et une forme d'incompréhension quant à la réaction de XXX. Puis j'ai lu comme si j'observais le déroulement des évènements qui ont suivi en attendant une chute<br /> et sans savoir si elle serait douloureuse ou pas.<br /> Et je ne m'explique pas cette réaction et du coup, je reste avec mes interrogations même si à la fin il y a ses phrases qui pourraient me faire dire, ok c'est pour ça que...<br /> Bon allez j'arrête là Mya, suis en train de squatter ta chronique :p
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M
<br /> <br /> Il n'y a pas de quoi. ;) Vraiment, cette nouvelle m'a beaucoup marqué.<br /> <br /> <br /> Oui, c'est amusant de voir qu'on n'a pas du tout eu le même ressenti. Moi, c'est vraiment ce que j'ai ressenti sur le moment : de la culpabilité. Ce n'était pour rien en particulier, c'était<br /> global. J'avais l'impression d'avoir une part de responsabilité dans tout ça.<br /> <br /> <br /> <br />
I
J'avais déjà été pas mal intriguée en lisant la chronique de C'era, tu relances l'envie (à moins qu'il ne s'agisse de curiosité malsaine...) de découvrir ce roman !
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M
<br /> <br /> Je le trouve vraiment très intéressant. Il y a beaucoup à dire dessus.<br /> <br /> <br /> <br />
C
Pas mon type de livre alors je passerai mon tour, mais comme toi il m'arrive trop souvent de me laisser happer par un livre ou l'Internet quand j'ai mille choses à faire, alors je te comprends...<br /> Bonne chance et que les petits guérissent vite. :)
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M
<br /> <br /> Merci Château. :)<br /> <br /> <br /> <br />
C
Ces dernières phrases, elles sont fortes. Elles donnent encore plus de poids à tout le reste. Formes de conclusion froide à tout ce qui a précédé hein. Elles en remettent une couche dans ce tableau<br /> glacial.<br /> Je vais devoir chercher de quelle nouvelle tu parles :)<br /> Madec est un clairvoyant. Il regarde, il comprend et il intériorise et comme beaucoup d'enfants, d'adultes qui sont ainsi, il est profond et sombre avec ce que cela induit de pensées<br /> "morbides".<br /> Ron : oui il est touchant. Lui, qui ne devrait pas l'être si on s'en tient à ses actes passés. Est-ce ça aussi qui rend le roman troublant? S'attacher à un personnage comme lui.<br /> Oui pour les passages. Ils étaient bizarrement amenés et inopportuns. J'ai cru voir qu'effectivement l'auteur avait écrit un nouveau roman assez porté sur le sujet. Peut-être qu'il a des choses à<br /> régler sur la question ^^
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M
<br /> <br /> Même si j'avais ce sentiment tout le long, je dois t'avouer que jusqu'à la fin, j'espérais me tromper. Je me raccrochais à des petits détails car c'est quelque chose que je n'arrive pas à<br /> concevoir et qui me chamboule à chaque fois. Pour la nouvelle, c'est la toute première du recueil "Insecte". J'avais découvert ce livre, par hasard, en faisant mes courses. J'ai lu la première<br /> nouvelle et je ne m'attendais pas du tout à ça... Je n'ai pas arrêté d'y repenser ensuite et tu vois, des années après, je m'en souviens encore en détails.<br /> <br /> <br /> Un clairvoyant, oui, c'est tout à fait ça ! Et c'est vrai que c'est étonnant ce qu'on ressent pour Ron et ça fait partie de ce qui m'a plu dans ce roman même si c'est dérangeant. C'est aussi pour<br /> ça que je dis qu'on se sent coupable après avoir lu ce roman. Coupable de ce qu'on ressent, coupable d'une curiosité malsaine aussi.<br /> <br /> <br /> <br />
C
Dernier roman que j'ai lu. Je suis d'accord avec toi, c'est une histoire qui accroche le lecteur. Curiosité quand tu nous tiens. Contrairement à toi, je l'ai refermé sans avoir été bouleversée<br /> (serai-je donc inhumaine? :) ), comme si toutes mes émotions avaient été brûlées au cours de ma lecture par le constat froid de ce qui se déroulait. Ou peut-être une part de moi à préférer tenir ça<br /> a distance. Va savoir. En tout cas, c'est un roman qui marque oui, qui fait que j'ai encore plein plein de questions en tête, plein d'interrogations du style : pourquoi? comment? J'ai adoré Madec,<br /> ce petit bonhomme. Ce qui est dit à la fin, comment dire je m'y attendais.<br /> L'auteur a du style et certainement du talent bien que quelques passages m'aient fait tiquer parce que pas vraiment nécessaire à l'histoire. Enfin j'ai trouvé.<br /> Le tout est bon et oui prenant. De manière malsaine peut-être. Le genre de roman qui doit diviser le lectorat.<br /> J'ai apprécié de lire ton point de vue, fort bien rédiger et si je ne l'avais déjà lu, tu m'aurais convaincue de le faire Mya.
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M
<br /> <br /> Moi aussi, je vois ce que tu veux dire. En fait, je suis plus choquée que bouleversée et c'est justement ce "constat froid" (c'est tout à fait ça) qui me laisse toute chamboulée ainsi que les<br /> dernières phrases car même si on le sent tout au long du roman, j'ai trouvé ça osé de le dire clairement. Ca m'a fait penser à une nouvelle de Claire Castillon qui m'a beaucoup marquée.<br /> <br /> <br /> Moi aussi, j'ai adoré Madec, sa façon d'observer le monde, de voir la vie d'une autre façon. Il est très touchant, tout comme Ron d'ailleurs.<br /> <br /> <br /> Pour les quelques passages, est-ce que ce sont ceux en rapport avec le sexe ? Moi aussi, ça m'a un peu dérangé et j'ai trouvé que ça n'apportait pas grand chose, mais je vois que c'est un sujet<br /> qui travaille l'auteur puisque son dernier livre ne parle que de ça.<br /> <br /> <br /> Merci beaucoup, C'era. Je vais aller lire ton billet. :)<br /> <br /> <br /> <br />
I
Je note... je ne sais pas si je le lirai mais je note quand même... il ne m'aurait sans doute jamais fait de l'oeil sans ton avis... Tu as l'art de convaincre et de trouver les mots justes... (tu<br /> devrais écrire des nouvelles toi-même !)
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M
<br /> <br /> Oh merci Isa, tu es adorable. Ca me fait tellement plaisir ce que tu me dis !<br /> <br /> <br /> Je n'aurais pas lu ce livre sans ce partenariat, d'ailleurs je ne savais pas qu'il était inspiré de cette affaire lorsque j'ai voulu le lire, et c'est une lecture que je ne regrette pas. Ca m'a<br /> vraiment chamboulée.<br /> <br /> <br /> <br />
M
Oh Mya! Tout un roman que tu nous présentes aujourd'hui. Tu as l'ai toute bouleversée? Heureusement, Astrid et Véronica vont apporter un équilibre d'émotions, mais après avoir lu un tel thriller,<br /> tu les trouveras peut-être endormantes!! C'est la nuit et le jour! :)
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M
<br /> <br /> Je suis assez chamboulée, en effet. D'ailleurs, pour tout te dire, je n'ai pas pu me plonger dans une autre lecture tout de suite. J'ai préféré laisser passer un peu de temps. Je pense que j'en<br /> avais besoin pour savourer pleinement "Astrid et Veronika". J'y suis et... j'y reste ! Je passe un merveilleux moment en compagnie de ces deux femmes.<br /> <br /> <br /> <br />

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